Point d’ancrage : éviter la chute avant même qu’elle ne commence

Aujourd’hui encore, le choix d’un point d’ancrage non conforme est l’une des causes d’accidents graves en hauteur.

Cette phrase, tous les formateurs en sécurité l’ont déjà répétée. Et pour cause : avant même le harnais, la longe ou la corde, c’est l’ancrage qui décide si un système d’arrêt de chute pourra réellement fonctionner.

Sur le terrain, il est encore difficile sur bien des sites de trouver des ancrages EN795 contrôlés. Un retour d’expérience suffit pourtant à comprendre qu’un arrimage approximatif transforme une chute maîtrisable en accident irréversible.

Ce guide a été conçu pour être concret, opérationnel et simple à utiliser. C’est un compagnon de terrain pour tous ceux qui travaillent en hauteur : couvreurs, cordistes, agents de maintenance, façadiers, charpentiers et gestionnaire de formation.

Pourquoi le point d’ancrage est le maillon qui change tout ?

Pour aller plus loin sur le rôle du harnais et comprendre pourquoi il constitue la base du SAC, consultez notre guide complet : Harnais : obligation vitale pour la sécurité en hauteur.

Un rôle primordial dans le SAC

Une chaîne d’assurage est constitué d’un harnais (EN 361), d’une liaison antichute (EN 354/355) et d’un ancrage conforme (EN 795). C’est une chaîne. Et comme toute chaîne, elle ne vaut jamais mieux que son maillon le plus fragile.

Lorsqu’un point d’ancrage est fiable et correctement positionné, la probabilité d’incident est fortement réduite.

Des accidents liés à un ancrage non conforme

Une chute génère une force bien supérieure au simple poids de l’utilisateur.
Un travailleur de 80 kg peut produire une force choc de plus de 800Dan au moment du choc. Le facteur de chute, la longueur de la longe, le tirant d’air ou le triant d’air modifient totalement l’intensité de la force de chocs. Lors des accidents en hauteur une partie d’entre eux sont souvent liés à l’absence d’ancrage (ED6110).


RÈGLES D’OR D’INSTALLATION ET DE CHOIX D’UN POINT D’ANCRAGE – EN 795

  1. Choisir le bon type d’ancrage (EN 795 A à E)
  2. Vérifier la résistance du support
  3. Respecter scrupuleusement la notice du constructeur
  4. Positionner l’ancrage correctement
  5. Réaliser un test de traction si requis
  6. Documenter et tracer l’installation
  7. Prévoir une inspection régulière
  8. Utiliser des EPI compatibles
  9. Former les utilisateurs
Illustration d’une opérateur équipé d’un système d’arrêt des chutes : point d’ancrage, antichute à rappel automatique, harnais antichute et longe avec absorbeur d’énergie.

« Un bon harnais ne sert à rien si le point d’ancrage est mauvais. »
C’est la règle d’or du travail en hauteur… et l’erreur la plus fréquente.

Quel point d’ancrage selon votre situation de travail ?

Chaque environnement a ses contraintes. L’ancrage idéal peut différencier suivant le travail et le site. Voyons comment adapter vos choix.

Travaux en toiture (tuiles, bac acier,...)

Les toitures sont des terrains piégeux. Elles semblent solides, mais cachent souvent des zones fragiles, il est difficile de constate l’état totale de la toiture et de son support bois ou acier. Dans ce type de travail en hauteur, la fragilité du support et le manque de tirant d’air sont les deux ennemis principaux.

On constate souvent que le point d’ancrage est installé en faitage de la toiture de qui oblige des déplacements sur la partie pentue du toit, pour éviter un facteur de chute trop grand. Cela oblige de devoir porter une liaison antichute avec un absorbeur ce qui demande un tirant d’air plus important.

Une solution consiste à équiper la toiture ou la charpente porteuse de lignes de vie ou d’ancrage, qui offrent une protection continue. La norme nous aide ensuite à choisir un ancrage conforme.

Travaux sur charpentes et structures métalliques

Les charpentes bois et les structures métalliques donnent l’impression d’être robustes. Pourtant, la corrosion, les fissures internes ou l’usure peuvent transformer un ancrage en piège. Avant d’installer quoi que ce soit, la résistance doit être évaluée. Les Vérification Générales Périodiques (VGP) tel que le préconise la norme et la R.430 permettent une continuité de la qualité de l’ancrage et de son support.

Les solutions adaptées peuvent être selon les ancrages A ou B, les rails rigides type D pour les déplacements fréquents, ou les lignes de vie.

Travaux en fouilles, puits et accès verticaux

Le travail vertical pur est un domaine où l’erreur ne pardonne pas. La gestion du pendulaire vertical est souvent sous-estimée : si l’ancrage n’est pas aligné, la chute entraîne une collision contre la paroi.

Les lignes de vie verticales, les antichutes sur corde et les systèmes de remontée/descente sont essentiels. Dans les puits et silos, chaque minute compte : un travailleur suspendu ne peut pas s’auto-secourir. D’où l’importance du trépied, de la potence, et d’un plan de secours parfaitement établi avant d’entrer.

Les différents types de points d’ancrage : enfin un classement clair

Différents types de points d’ancrage antichute : fixe, temporaire, ligne de vie, rail et corps mort

Une fois les environnements compris, il est temps d’aborder la classification officielle des ancrages établi par la norme EN 795.

  • Type A – ancrages fixes : très fiables, posés définitivement sur une structure solide.
  • Type B – ancrages temporaires : pratiques et mobiles, parfaits pour les interventions courtes.
  • Type C – lignes de vie horizontales : essentielles pour se déplacer tout en restant protégé.
  • Type D – rails rigides : très stables, adaptés aux zones de production ou aux toitures techniques.
  • Type E – masses d’ancrage / corps morts : à utiliser uniquement sur surfaces planes non glissantes.
  • Ancrages naturels : acceptables uniquement après validation technique stricte (arbre, poteau, etc.).
Type de dispositifClasseCaractéristiquesExigences de charge / normes
Points d’ancrage fixesClasse AFixes sur surfaces (verticales, horizontales, inclinées)1 tonne en charge statique, 100 kg en dynamique
Points d’ancrage mobilesClasse BPoints d’ancrage temporaires, déplaçablesMarquage CE obligatoire
Ligne de vie horizontale en câbleClasse CSystème sur corde pour hauteur variableConformité à vérifier selon directive 89/956/CEE
Ligne de vie horizontale en railClasse DSystèmes de rail, usage intérieur et extérieurAdapté pour plusieurs utilisateurs
Point d’ancrage corps mortClasse EStabilisés par poids propre, ancrages supplémentaires nécessairesUtilisation temporaire à l’intérieur et à l’extérieur

Pour vous équiper en points d’ancrage certifiés CE et conformes aux normes, vous pouvez contacter SCAF Paris by PILOCAP.

Réglementation et normes : ce que dit vraiment la loi

Le Code du Travail impose une obligation de résultat : éviter la chute, point final. Les protections collectives sont prioritaires, mais lorsque ce n’est pas possible, le système d’arrêt de chute doit respecter les normes :

  • EN 361 pour les harnais,
  • EN 363 pour les système d’arrêt des chutes (norme générique),
  • EN 365 pour les exigences générales et la traçabilité,
  • EN 795 pour les points d’ancrage.

Chaque dispositif EN363  doit être contrôlé, identifié, enregistré dans un registre de sécurité, les ancrages doivent être vérifiés tous les 12 mois, un rapport  de mise en service ou de conformité doit être émis et disponible sur le site avec le plan implantation  et validé par une personne compétente.

Légal vs Illégal
Les 5 différences
Matériel certifié CE
Cela garantit que l’équipement respecte les exigences de sécurité européennes et peut être utilisé en toute confiance.
Notice et documentation disponibles
Elles permettent de comprendre les limites, consignes et conditions d’utilisation du matériel.
Contrôles réalisés et tracés
Chaque vérification est datée et enregistrée, prouvant que l’équipement est suivi et conforme.
Installation validée
L’ancrage ou le dispositif a été vérifié par une personne qualifiée avant utilisation.
Support analysé et dimensionné
Le support a été évalué pour s’assurer qu’il peut résister aux efforts générés en cas de chute.

Les ancrages en travail en hauteur : bonnes pratiques et erreurs

Les réflexes de sécurité à ne pas négliger

Avant chaque utilisation, l’employeur doit remettre à l’utilisateur un plan d’implantions et note les ancrage à utiliser ainsi que le rapport de vérification, l’utilisateur fera une vérification : de l’état du support, absence de corrosion, serrage des fixations, absence de déformation. Une inspection complète doit également être réalisée une fois par an par une personne compétente. Et surtout, lorsqu’un doute existe, on retire immédiatement l’ancrage du service.

Un ancrage non contrôlé depuis 18 mois, c’est comme un parachute plié en 2012. Personne ne sauterait avec.

Les 5 erreurs les plus dangereuses

  • Un ancrage trop bas entraînant un pendulaire inévitable.
  • Un support non porteur : décor, plomberie, ventilation, etc.
  • Un tirant d’air mal calculée, provoquant un choc au sol.
  • Un ancrage bricolé, non certifié, “qui a l’air solide”.
  • Une incompatibilité entre l’ancrage, la longe ou l’EPI utilisé

Les effets d’une chute peuvent être contrôlé, une erreur d’ancrage ne pardonne pas

Comment choisir le bon point d’ancrage en 4 questions ?

1. Où vais-je travailler ? (toiture, charpente, puits, façade…)

Le type d’environnement détermine immédiatement la famille d’ancrage acceptable.
Il s’agit ici non pas d’identifier le danger (déjà traité), mais d’adapter la technologie au poste de travail d’ancrage à la configuration :

  • Une analyse du site et de son support, appuyée par une note de calcul, ainsi qu’une analyse du poste de travail, de la mission à accomplir et de la qualification du personnel viendront compléter cette étude afin de garantir le bon choix des dispositifs d’ancrage.

Un support doit :

  • Accepter 15kn en dynamique (EN 795),
  • Être mécaniquement cohérent (épaisseur, section, continuité),
  • Présenter une résistance dynamique (pas seulement statique).

Solution technique : pas de validation structurelle = pas d’ancrage.

Il faudra faire le choix d’un Équipement de Protection Collectif ou d’un changement de support.

Ici, on ne parle plus de risque général mais de compatibilité mécanique entre :

  • Longueur de longe / corde,
  • Allongement dynamique,
  • Activation de l’absorbeur,
  • Distance de réaction du système,
  • Position réelle du point d’ancrage.

Un ancrage placé trop bas augmente immédiatement :

  • La distance de chute,
  • La nécessité d’un tirant d’air plus important,
  • Le risque de pendulaire.

Solution technique :

  • Hauteur suffisante → longe avec absorbeur, ligne de vie souple.
  • Hauteur limitée → antichute à rappel automatique (enrouleur).

Un point d’ancrage n’est pas autonome : il fait partie d’une chaine d’assurage cohérente.

Vous devez vérifier que :

  • L’antichute à rappel automatique travaille dans l’axe prévu (pas de déviation > 30°),
  • L’enrouleur possède un appui suffisamment haut pour garantir la rétraction,
  • La longe n’est pas en contact avec un angle vif ou une arête métallique,
  • L’absorbeur peut se déployer intégralement,
  • Le connecteur est compatible avec l’ancrage (diamètre, forme, ouverture, matière).

Pour comprendre comment choisir, contrôler et utiliser correctement vos EPI au quotidien, vous pouvez consulter notre dossier dédié : EPI & EPC : utilisation, entretien et formation

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Un point d’ancrage, c’est surtout une vie protégée

Un point d’ancrage bien choisi et correctement installé, c’est ce qui permet à tout le système d’arrêt de chute de fonctionner comme prévu. Ce n’est pas une étape compliquée, mais elle demande méthode, cohérence et un vrai réflexe de vérification avant chaque intervention.

Pour aider les équipes à adopter ces bonnes pratiques et à les appliquer sur leurs chantiers, nos formations Travail en Hauteur intègrent justement un module complet dédié au choix, au positionnement et au contrôle des ancrages.

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