Accident du travail en intérim : un risque structurellement plus élevé

Intérim : comprendre la sinistralité durablement supérieure

Depuis plusieurs années, l’intérim concentre une part importante de la sinistralité professionnelle. Accident du travail en intérim plus fréquent, gravité plus élevée, expositions répétées à des postes à risque : les chiffres sont connus…mais leurs conséquences le sont beaucoup moins.

Avec le décret du 5 juillet 2024, un cap est franchi. Pour la première fois, la répartition des coûts liés aux accidents du travail intérimaires évolue profondément, plaçant l’entreprise utilisatrice au cœur du dispositif. Cette réforme marque un changement de philosophie clair : la prévention ne peut plus être déléguée uniquement aux entreprises de travail temporaire.

Cet article te propose un décryptage concret : pourquoi l’intérim reste plus exposé, ce qu’a changé réellement la réforme de 2024, et surtout quelles sont désormais les responsabilités juridiques et financières des entreprises utilisatrices.

Entreprise utilisatrice

L’entreprise utilisatrice temporaire (EUT) est l’entreprise dans laquelle le salarié intérimaire réalise sa mission.
Elle organise le travail, accueille l’intérimaire et est responsable de la sécurité, de l’accueil sécurité et de la formation intérimaire au poste et aux risques spécifiques.

Entreprise de travail temporaire

L’entreprise de travail temporaire (ETT) est l’employeur légal de l’intérimaire.
Elle recrute le salarié, établit le contrat de travail, assure la gestion administrative et la formation générale à la sécurité, puis met le salarié à disposition de l’entreprise utilisatrice.

Accident du travail : pourquoi l’intérim reste plus exposé

Les accidents du travail en intérim

En 2024, la sinistralité AT/MP de l’intérim concerne un peu moins de 800 000 salariés intérimaires relevant du régime général. Le nombre d’accident du travail en intérim diminue progressivement depuis 2022 pour s’établir à moins de 40 000 AT, mais cette baisse reste trompeuse.

L’indice de fréquence (IF) des accidents du travail en intérim demeure près de deux fois supérieur à la moyenne nationale, tous secteurs confondus. Autrement dit, à exposition équivalente, un salarié intérimaire a toujours nettement plus de risques d’être victime d’un accident du travail qu’un salarié permanent.

IF des accidents de travail : nationale et intérim

Comparaison de l’indice de fréquence des accidents du travail en intérim par rapport à la moyenne nationale

Indice de fréquence

L’indice de fréquence (IF) mesure le nombre d’accidents du travail survenus sur une période donnée rapporté à 1 000 salariés. Il permet d’évaluer la probabilité d’occurrence des AT, indépendamment de leur gravité.

Accident du travail (AT) en 1er règlement

Les accidents du travail en 1er règlement correspondent aux accidents ayant donné lieu à une première prise en charge par l’Assurance Maladie, avec au moins un arrêt de travail et/ou la reconnaissance d’une incapacité permanente (IP).

Répartition des accidents du travail intérimaires

Répartition des accidents du travail en intérim selon la gravité des conséquences et l’incapacité permanente

Les IP suite à un accident du travail en intérim

Répartition des incapacités permanentes consécutives à un accident du travail en intérim selon le taux d’IP

La gravité constitue l’autre point d’alerte. En 2024, les intérimaires totalisent plus de 1,6 million de journées d’arrêt de travail, avec 2 295 incapacités permanentes (IP) reconnues, dont près de 40 % supérieures à 10 % d’IP. Ces chiffres traduisent une sinistralité lourde, durable et coûteuse. Alors que l’indice de gravité (IG) national atteint 12,1, le secteur de l’intérim se distingue par une exposition aux risques nettement supérieure, laissant présager un niveau de gravité encore plus élevé.

Source : Rapport annuel de l’assurance maladie

Indice de gravité

L’indice de fréquence (IF) mesure le nombre d’accidents du travail en intérim survenus sur une période donnée rapporté à 1 000 salariés. Il permet d’évaluer la probabilité d’occurrence des AT, indépendamment de leur gravité.

Les causes de la sinistralité intérimaire

Si l’intérim présente une sinistralité plus élevée que la moyenne, cette surexposition s’explique avant tout par des facteurs structurels bien identifiés. Les intérimaires sont majoritairement employés dans des secteurs à forte pénibilité et à risques élevés.

Cette exposition est renforcée par les conditions de prise de poste. Les missions débutent souvent rapidement, parfois dans l’urgence, ce qui limite la qualité de l’accueil sécurité et l’appropriation des règles propres à l’entreprise utilisatrice.

La formation intérimaire au poste de travail apparaît également comme un levier insuffisamment mobilisé. De nombreux intérimaires interviennent sur des postes exposés sans formation spécifique adaptée à l’environnement réel de travail.

Poids du BTP dans la sinistralité des intérimaires

Part des accidents du travail en intérim et maladies professionnelles dans le secteur du BTP

Enfin, l’organisation du travail joue un rôle déterminant. Les intérimaires sont plus fréquemment affectés aux tâches les plus pénibles ou les plus dangereuses, ce qui explique la concentration sectorielle observée : le BTP concentre à lui seul 26 % des accidents du travail en intérim et 32 % des maladies professionnelles, devant les transports, l’industrie et l’alimentation. Ces données confirment que la sinistralité intérimaire n’est pas aléatoire, mais directement liée aux conditions d’emploi et aux risques structurels des secteurs concernés.

Réforme 2024 : nouvelle répartition des coûts AT/MP

Ce que dit le décret du 5 juillet 2024

Le décret du 5 juillet 2024 introduit une évolution majeure : pour tous les sinistres intérimaires survenus à compter du 1ᵉʳ janvier 2024, le coût de l’accident de travail intérimaire est réparti à parts égales entre l’entreprise de travail temporaire (ETT) et l’entreprise utilisatrice temporaire (EUT).

Cette nouvelle règle s’applique à l’ensemble des sinistres, y compris les plus graves, avec une exception notable : les accidents mortels, dont le coût reste intégralement supporté par l’ETT.

L’objectif est clair : responsabiliser l’ensemble des acteurs et aligner le financement sur la réalité du terrain, là où les risques se matérialisent.

Répartition des coûts des accidents de travail intérimaires avant décret entre entreprise utilisatrice et entreprise de travail temporaire
avant le décret du 5 juillet 2024

Qui paie quoi désormais en 2026 ?

Avant la réforme, les coûts AT/MP pesaient quasi exclusivement sur les entreprises de travail temporaire. Depuis 2024, l’EUT devient contributriceConcrètement, cela signifie que :

  1. Indemnités journalières,
  2. Rentes liées aux incapacités permanentes,
  3. Impact sur la tarification collective AT/MP,

sont désormais partagés à 50/50 entre l’ETT et l’entreprise utilisatrice. Les entreprises utilisatrices fortement consommatrices d’intérim verront leur exposition financière augmenter mécaniquement en cas de sinistralité .

Répartition des coûts des accidents du travail en intérim après décret entre entreprise utilisatrice (EUT) et entreprise de travail temporaire (ETT)
après le décret du 5 juillet 2024

Responsabilité de l’entreprise utilisatrice : un enjeu central

Intérimaire : obligations renforcées

Avec cette réforme, la responsabilité de l’entreprise utilisatrice n’est plus seulement morale : elle devient financière et juridique. L’accueil sécurité, l’analyse des risques et la formation à la prise de poste ne sont plus des formalités, mais des leviers de protection.

En cas d’accident de travail intérimaire, les contrôles portent désormais plus systématiquement sur :

  • La réalité de l’accueil sécurité,
  • La formation au poste,
  • La cohérence entre le poste occupé et les compétences du salarié.

Les données 2024 montrent que 79 % des accidents du travail intérimaires disposent d’une entreprise utilisatrice identifiée, ce qui renforce la traçabilité et la capacité de mise en cause en cas de manquement.

Risques juridiques et financiers

En intérim, la formation intérimaire à la sécurité repose sur une responsabilité partagée : l’agence d’intérim assure la formation générale, tandis que l’entreprise utilisatrice est légalement responsable de la formation au poste et de la prévention des risques spécifiques.

Au-delà du coût AT/MP (maladie professionnelle), le risque est aussi juridique. Une absence de formation ou un défaut d’accueil peut conduire à une faute inexcusable, avec à la clé une majoration des rentes et une responsabilité renforcée de l’employeur.

Dans un contexte où les affections psychiques liées au travail progressent fortement, y compris chez les intérimaires (+14 % d’AT avec contexte psychosocial en 2024), la vigilance doit porter aussi sur les conditions de travail et l’encadrement.

Prévenir les accidents du travail en intérim : les leviers efficaces

Formation dès la prise de poste

Les chiffres montrent que la prévention fonctionne lorsqu’elle est anticipée. Former un intérimaire dès la prise de poste, même sur des modules ciblés, permet de réduire significativement les accidents liés aux erreurs de manipulation, aux chutes ou aux mauvaises postures. Les secteurs les plus performants sont ceux qui intègrent la formation intérimaire dans leur organisation quotidienne, et non comme une contrainte ponctuelle.

Le rôle des formations PILOCAP

C’est dans cette logique que s’inscrivent les formations PILOCAP, pensées pour répondre aux contraintes de l’intérim : adaptés aux besoins et immédiatement applicables sur le terrain. Travail en hauteur, prévention des TMS : ces formations permettent de sécuriser les parcours intérimaires tout en réduisant l’exposition financière et juridique des entreprises utilisatrices.

FAQ : Accidents de travail maladies professionnels et intérimaire

Un intérimaire doit-il obligatoirement être formé avant chaque nouvelle mission ?

Oui, dès lors que la mission comporte des risques spécifiques. Même pour un intérimaire expérimenté, un changement d’environnement, de chantier ou de matériel impose une information et une adaptation au poste. L’expérience ne dispense pas de l’accueil sécurité.

Non. Le PASI (Passeport Sécurité Intérim) constitue une base de sensibilisation générale, utile pour préparer l’intérimaire aux risques professionnels. En revanche, il ne remplace jamais l’accueil sécurité et la formation spécifique au poste, qui relèvent de l’entreprise utilisatrice.

L’entreprise utilisatrice. En cas d’accident du travail en intérim ou de contrôle, c’est elle qui doit être en mesure de démontrer que l’accueil sécurité et la formation au poste ont bien été effectués, de manière adaptée et traçable.

La prévention devient une stratégie rentable dans le temps

La réforme de 2024 marque un tournant. L’accident du travail en intérim n’est plus seulement l’affaire des agences d’intérim : il devient une responsabilité partagée, financièrement mesurable et juridiquement encadrée.

L’objectif ? Intégrer la prévention et la formation intérimaire dans la stratégie globale de l’entreprise. Car aujourd’hui, former, c’est se protéger : juridiquement, financièrement et humainement.

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